Copropriété en péril :
assurance et obligations
Un immeuble qui menace ruine ou une copropriété qui ne peut plus faire face : deux situations différentes, deux procédures, une même obligation d'assurance. Ce que dit la loi, et comment garder l'immeuble assuré.
- L'arrêté de péril est devenu l'arrêté de mise en sécurité
- L'assurance de l'immeuble reste obligatoire
- L'aggravation du risque doit être déclarée à l'assureur
Textes officiels
Loi du 10 juillet 1965, Légifrance, ANIL
Mis à jour le 24/09/2026
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Qu'est-ce qu'une copropriété en péril ?
L'expression recouvre deux réalités. La première est technique : l'immeuble présente un danger pour la sécurité des occupants ou des passants (chute d'éléments, solidité compromise). Le maire peut alors prendre un arrêté de mise en sécurité, qui a remplacé l'arrêté de péril depuis le 1er janvier 2021.
La seconde est financière et de gestion : impayés massifs, comptes non tenus, décisions bloquées. Le juge peut alors désigner un administrateur provisoire (articles 29-1 et suivants de la loi du 10 juillet 1965), et le préfet engager un plan de sauvegarde.
Les deux se cumulent souvent. Dans tous les cas, l'assurance de responsabilité civile du syndicat reste obligatoire, et l'enjeu devient de ne pas perdre la couverture au moment où le risque est le plus élevé.
Péril ou difficulté : deux procédures distinctes
L'une relève du maire et vise la sécurité du bâtiment ; l'autre relève du juge et vise la gestion du syndicat.
-
CCH, articles L511-1 et suivants
Arrêté de mise en sécurité
Quand l'immeuble présente un danger pour la sécurité.
- Pris par le maire, après une procédure contradictoire qui laisse au syndicat le temps de présenter ses observations.
- En cas de danger imminent, le maire ordonne d'urgence des mesures provisoires (étaiement, périmètre de sécurité, évacuation).
- Faute de travaux dans le délai, ils peuvent être exécutés d'office aux frais du syndicat ; les occupants sont protégés (relogement, loyers suspendus).
-
Loi de 1965, articles 29-1 et suivants
Copropriété en difficulté
Quand l'équilibre financier du syndicat est gravement compromis.
- Un administrateur provisoire désigné par le juge reçoit les pouvoirs du syndic et de l'assemblée générale.
- Un plan de sauvegarde peut être engagé par le préfet (CCH, article L615-1) pour coordonner travaux et financements.
- Des aides de l'Anah sont mobilisables pour les copropriétés en difficulté.
Critères de mise en péril
Quatre situations qui peuvent déclencher l’une ou l’autre procédure.
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Désordres structurels
Fissures graves, fondations ou éléments porteurs dégradés qui compromettent la solidité du bâtiment.
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Danger pour la sécurité
Chute d'éléments de façade, balcons, équipements communs dangereux pour les occupants ou les passants.
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Difficultés financières
Impayés massifs, dettes fournisseurs : le syndicat ne peut plus faire face à ses dépenses.
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Gestion bloquée
Absence de syndic, assemblées sans décision, comptes non tenus : l'immeuble n'est plus entretenu.
Étapes de la procédure de mise en sécurité
Du signalement à la levée de l'arrêté, les grandes phases de la procédure menée par le maire.
En cas de danger imminent, le maire peut ordonner des mesures provisoires sans attendre la fin de la procédure.
- 1
Signalement et constat
Un occupant, un voisin ou la commune signale le danger ; un rapport décrit l'état du bâtiment.
- 2
Procédure contradictoire
Le syndic est informé et peut présenter ses observations avant toute décision.
- 3
Arrêté et travaux
L'arrêté prescrit les travaux et un délai ; à défaut, ils peuvent être réalisés d'office aux frais du syndicat.
- 4
Levée de l’arrêté
Une fois les travaux constatés, le maire prononce la mainlevée.
Obligations spécifiques pendant le péril
L'arrêté ne suspend pas le contrat d'assurance, mais il change la donne : le risque est aggravé, et de gros travaux se préparent.
-
Responsabilité civile du syndicat
Obligatoire
Elle reste due pendant toute la procédure : c'est elle qui indemnise un tiers blessé par une chute d'élément.
-
Déclarer l'aggravation du risque
Obligatoire
Les circonstances nouvelles qui aggravent le risque doivent être déclarées à l'assureur (Code des assurances, art. L113-2). Il peut alors proposer une nouvelle prime ou résilier (art. L113-4).
-
Assurance dommages-ouvrage
Obligatoire
À souscrire avant des travaux qui touchent la structure ou le clos et couvert (art. L242-1).
-
Tous risques chantier
Recommandée
Couvre les dommages pendant les travaux eux-mêmes.
-
Frais de relogement
Selon contrat
Pris en charge seulement si l'évacuation découle d'un sinistre garanti, pas d'un défaut d'entretien.
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Coûts spéciaux liés au péril
Les travaux prescrits sont à la charge du syndicat pour les parties communes : l'assurance ne paie pas la remise en état d'un bâtiment mal entretenu, seulement les dommages causés par un événement garanti. Réalisés d'office, ils sont facturés au syndicat, frais en sus.
La prime d'assurance peut être revue : informé de l'aggravation du risque, l'assureur peut proposer une nouvelle prime, et certains refusent de renouveler à l'échéance. Les franchises peuvent aussi augmenter.
Les occupants doivent être protégés : en cas d'interdiction d'habiter, le propriétaire bailleur doit héberger ou reloger ses locataires (CCH, articles L521-1 et suivants), et les loyers sont suspendus.
Rôle de l'administrateur provisoire
Quand le juge désigne un administrateur provisoire, c'est lui qui porte le volet assurance.
-
Auditer les contrats
Il analyse les contrats en cours, leurs garanties et leurs échéances.
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Négocier avec l’assureur
Il présente la situation et le plan de redressement pour maintenir la couverture.
-
Trouver un contrat
Si le contrat n'est pas renouvelé, il recherche une alternative sur le marché.
-
Suivre les sinistres
Il assure le suivi des sinistres déclarés avant ou pendant sa mission.
-
Payer les primes
Il veille au paiement des cotisations : un impayé menace la couverture.
-
Rendre compte au juge
Il rend compte de sa mission au tribunal qui l'a désigné.
Copropriété en péril : à faire, à éviter
À faire
- Déclarer à l'assureur l'arrêté et l'état réel de l'immeuble
- Constituer un dossier complet : rapport, devis, plan de financement
- Souscrire la dommages-ouvrage avant les travaux de structure
- Rechercher les aides publiques (Anah, collectivités)
- Informer tous les copropriétaires des risques et des délais
À éviter
- Laisser le contrat se résilier sans solution de remplacement
- Cacher l'état de l'immeuble à l'assureur
- Négliger les mesures de sécurité urgentes
- Reporter les décisions de travaux
- Lancer des travaux structurels sans dommages-ouvrage
Comment gérer concrètement une copropriété en péril
Sécuriser d'abord. Dès l'arrêté, le syndic fait réaliser les mesures prescrites (périmètre de sécurité, étaiement) par des entreprises qualifiées, informe les copropriétaires et convoque une assemblée pour voter les travaux. Tenir un journal daté de chaque action est précieux face à l'assureur comme en cas de litige.
Financer ensuite. Appels de fonds votés en assemblée, emprunt collectif souscrit au nom du syndicat, aides de l'Anah et des collectivités pour les copropriétés en difficulté : ces leviers se combinent. Face à un copropriétaire qui ne paie pas, le syndicat dispose d'une hypothèque légale sur son lot (article 19 de la loi du 10 juillet 1965).
Coordonner les acteurs. Le maire suit l'exécution de l'arrêté et peut faire réaliser les travaux d'office ; le juge peut désigner un administrateur provisoire ; le préfet peut engager un plan de sauvegarde.
Garder l'immeuble assuré. Déclarer l'aggravation du risque, montrer les mesures prises, souscrire les assurances de chantier, puis remettre le contrat à plat une fois l'arrêté levé.
Questions fréquentes sur la copropriété en péril
L'obligation d'assurance disparaît-elle en cas de péril ?
L'assurance paie-t-elle les travaux prescrits par l'arrêté ?
L'assureur peut-il résilier le contrat d'une copropriété en péril ?
Faut-il déclarer l’arrêté de mise en sécurité à son assureur ?
Qui paie l'assurance pendant la procédure ?
Quelles aides publiques existent pour les copropriétés en péril ?
Que faire si un copropriétaire refuse de payer les travaux votés ?
Peut-on changer d’assureur pendant la procédure ?
Accompagnement spécialisé indispensable
Immeuble sous arrêté ou copropriété en difficulté : décrivez la situation, on examine le contrat en cours et on cherche une solution pour garder l'immeuble assuré.
Sources
- Code de la construction et de l'habitation, articles L511-1 et suivants (mise en sécurité), L521-1 et suivants (occupants), L615-1 (plan de sauvegarde)
- Légifrance — Loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, articles 9-1, 19 et 29-1 et suivants
- Code des assurances, articles L113-2, L113-4 (aggravation du risque) et L242-1 (dommages-ouvrage)
- Ordonnance n° 2020-1144 du 16 septembre 2020 (police de la sécurité et de la salubrité des immeubles)