Responsabilités· 7 min de lecture· Publié le 31 août 2026

Copropriété non assurée : que risque le syndicat ?

Depuis la loi ALUR, une copropriété doit au minimum être assurée en responsabilité civile. Mais s'arrêter là, ou laisser filer le contrat, expose le syndicat à des appels de fonds imprévus et le syndic à sa propre responsabilité. Voici ce qui est obligatoire, ce qui reste conseillé, et ce que l'on risque à ne rien faire.

Pourquoi nous lire avant d'agir

Beaucoup de copropriétés confondent « être en règle » et « être bien couvert ». La loi n'impose qu'une responsabilité civile ; elle n'oblige pas à garantir l'immeuble contre ses propres sinistres. Cette nuance change tout le jour où un incendie ou une tempête frappe les parties communes : sans multirisque immeuble, la facture retombe intégralement sur les copropriétaires.

Nous accompagnons des copropriétés sur leur assurance d'immeuble. Cet article distingue l'obligation légale du bon sens assurantiel, cite les textes exacts (loi de 1965, loi ALUR), et détaille les risques financiers concrets d'une couverture absente ou trop maigre — pour le syndicat comme pour le syndic.

Ce que la loi impose réellement

L'obligation d'assurance en copropriété découle de l'article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965, introduit par la loi ALUR du 24 mars 2014. Il pose deux règles parallèles : le syndicat des copropriétaires doit s'assurer contre les risques de responsabilité civile dont il doit répondre, et chaque copropriétaire doit s'assurer, pour son lot, contre les mêmes risques.

Cette obligation vise la responsabilité civile : les dommages que l'immeuble ou son fonctionnement pourraient causer à des tiers (un passant blessé par une chute de matériau, un voisin inondé par une canalisation commune). Elle ne dit rien des dommages subis par l'immeuble lui-même. Autrement dit, la loi protège les victimes extérieures, pas le patrimoine de la copropriété.

À retenir : une copropriété assurée seulement en RC est « en règle » au sens strict, mais reste totalement exposée sur ses propres bâtiments. C'est pourquoi la quasi-totalité des immeubles souscrivent une multirisque immeuble, qui inclut la RC obligatoire et y ajoute les garanties dommages.

RC obligatoire, multirisque conseillée

La différence entre le minimum légal et une couverture réelle tient en un tableau. La RC seule laisse un trou béant sur tout ce qui touche l'immeuble ; la MRI le comble.

SituationRC seuleMRI
Passant blessé par l'immeubleCouvertCouvert
Incendie des parties communesNon couvertCouvert
Dégât des eaux sur cage d'escalierNon couvertCouvert
Tempête sur la toiture communeNon couvertCouvert
Catastrophe naturelle reconnueNon couvertCouvert (garantie légale)

Pour comprendre le détail des garanties d'une multirisque immeuble, voir notre guide sur ce que couvre l'assurance copropriété. Et pour l'articulation avec la convention d'indemnisation des dégâts des eaux, notre comparatif MRI vs IRSI.

Ce que risque concrètement le syndicat

Une copropriété non couverte contre les dommages ne fait pas d'économie : elle transfère le risque sur la trésorerie collective, et donc sur chaque copropriétaire. Un sinistre sérieux se traduit par un appel de fonds exceptionnel voté en assemblée, réparti au prorata des tantièmes.

Coût du sinistre à financer

Toiture, réseau commun, cage d'escalier : la réparation est payée sur les fonds de la copropriété, sans indemnité d'assureur pour l'amortir.

Appels de charges lourds

Chaque copropriétaire règle sa quote-part, parfois plusieurs milliers d'euros, avec un risque d'impayés qui aggrave la situation collective.

RC non plafonnée

Sans RC souscrite, un dommage causé à un tiers est indemnisé par le syndicat lui-même, sans garantie ni protection juridique pour porter le litige.

La question de la répartition de cette charge — qui paie quoi, dans quelle proportion — est développée dans notre article sur qui paie l'assurance copropriété.

La responsabilité du syndic en jeu

Le syndic administre l'immeuble et exécute les décisions de l'assemblée générale (article 18 de la loi du 10 juillet 1965). Souscrire et maintenir l'assurance obligatoire fait partie de ses missions de gestion courante. Laisser une garantie s'éteindre, oublier un renouvellement ou ne pas alerter l'assemblée d'un défaut de couverture peut constituer une faute de gestion.

Un copropriétaire qui subit un préjudice à cause de cette carence peut engager la responsabilité professionnelle du syndic devant le juge. Le syndicat, de son côté, peut choisir de ne pas renouveler son mandat. Pour un syndic bénévole comme professionnel, la prudence consiste à documenter chaque échéance d'assurance et à porter toute anomalie à l'ordre du jour de l'AG.

Régulariser : la marche à suivre

1. Vérifier la couverture

  • Retrouver le contrat en cours et son échéance
  • Contrôler la présence d'une RC et d'une MRI
  • Repérer une éventuelle rupture de garantie

2. Inscrire à l'AG

  • Porter la souscription à l'ordre du jour
  • Voter à la majorité de l'article 24
  • Comparer les garanties avant de choisir

3. En cas d'urgence

  • Le syndic peut souscrire pour éviter un trou
  • Faire ratifier la décision à l'AG suivante
  • Saisir le juge si le syndicat reste passif

Régulariser est aussi l'occasion de remettre le contrat à plat plutôt que de reconduire un tarif inadapté. C'est le bon moment pour comparer une multirisque copropriété réellement adaptée à l'immeuble.

Questions fréquentes

Les questions qui reviennent le plus souvent sur l'obligation d'assurance en copropriété.

L'assurance d'une copropriété est-elle obligatoire ?

Oui, mais partiellement. Depuis la loi ALUR du 24 mars 2014, l'article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965 impose au syndicat des copropriétaires de s'assurer contre les risques de responsabilité civile dont il doit répondre, et à chaque copropriétaire de faire de même pour son lot. Cette obligation porte sur la RC ; la garantie des dommages aux biens (multirisque immeuble) n'est pas imposée par la loi mais reste vivement conseillée.

Une copropriété peut-elle se contenter d'une assurance responsabilité civile ?

Juridiquement, la RC suffit à respecter l'obligation légale. En pratique, c'est très risqué. La RC ne couvre que les dommages causés aux tiers ; elle ne rembourse pas les dommages subis par l'immeuble lui-même (incendie, dégât des eaux, tempête sur les parties communes). Sans multirisque immeuble (MRI), ces réparations sont supportées par la trésorerie de la copropriété, donc par les copropriétaires au prorata de leurs tantièmes.

Que risquent les copropriétaires si l'immeuble n'est pas assuré ?

En l'absence de MRI, tout sinistre touchant les parties communes est payé sur les fonds de la copropriété. Chaque copropriétaire règle sa quote-part via un appel de charges exceptionnel, parfois lourd. Si le sinistre engage la responsabilité du syndicat envers un tiers et qu'aucune RC n'a été souscrite, ce sont encore les copropriétaires qui supportent l'indemnisation, sans plafond de garantie pour les protéger.

Le syndic est-il responsable s'il n'a pas souscrit l'assurance ?

Le syndic exécute les décisions de l'assemblée générale et administre l'immeuble (article 18 de la loi du 10 juillet 1965). S'il néglige de souscrire ou de renouveler l'assurance obligatoire, il peut voir sa responsabilité professionnelle engagée pour manquement à son devoir de diligence. Un copropriétaire lésé peut le mettre en cause devant le juge, et le syndicat peut refuser de renouveler son mandat.

Comment régulariser une copropriété qui n'est plus assurée ?

La souscription de l'assurance de l'immeuble relève de l'assemblée générale, à la majorité de l'article 24 (majorité des présents et représentés). En cas d'urgence, le syndic peut engager la démarche pour éviter une rupture de garantie et la faire ratifier ensuite. Il est prudent de comparer les garanties d'une MRI avant de voter, plutôt que de reconduire un contrat inadapté par défaut.

Un copropriétaire peut-il obliger le syndicat à s'assurer ?

Oui. L'assurance RC du syndicat étant une obligation légale, un copropriétaire peut inscrire la question à l'ordre du jour de l'AG et, si rien n'est fait, saisir le juge pour contraindre le syndicat à respecter l'article 9-1. Il peut aussi engager la responsabilité du syndic défaillant. Rester passif l'expose, comme les autres, à supporter un sinistre non couvert.

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