Conseils· 7 min de lecture· Publié le 3 août 2026

Malfaçon après travaux en copropriété : les recours

Ravalement qui cloque, toiture qui fuit, colonne mal reprise : quand des travaux votés en copropriété présentent des malfaçons, la loi organise une cascade de garanties. Voici lesquelles jouent, qui agit au nom du syndicat et la marche à suivre pour être indemnisé.

Pourquoi nous lire avant d'agir

Face à une malfaçon, la copropriété se trompe souvent de porte : elle attaque l'entreprise trop tard, réceptionne les travaux sans réserve, ou ignore qu'une assurance dommage-ouvrage aurait pu préfinancer les réparations. Or les recours dépendent d'un enchaînement précis de garanties légales, chacune avec sa durée, son périmètre et son déclencheur. Se tromper de garantie, c'est perdre du temps et parfois le droit d'agir.

Nous accompagnons des copropriétés sur leur assurance de l'immeuble : nous voyons concrètement où la dommage-ouvrage joue, comment un syndicat fait valoir la garantie décennale, et où se situe la frontière entre parties communes et parties privatives. Cet article remet chaque acteur — syndic, syndicat, entreprise, assureur, expert — à sa place, sources officielles à l'appui.

Malfaçon, désordre, non-conformité : de quoi parle-t-on ?

Une malfaçon est un défaut d'exécution : un travail mal réalisé qui ne respecte pas les règles de l'art ou le contrat. En copropriété, elle apparaît le plus souvent après des travaux votés en assemblée générale — ravalement de façade, réfection de toiture, remplacement d'une colonne montante, isolation thermique. Le point de départ des garanties est la réception des travaux, acte par lequel le syndicat accepte l'ouvrage, avec ou sans réserves.

La gravité du désordre commande la garantie mobilisable. Un enduit qui se décolle un an après le ravalement, une infiltration par une toiture neuve, une fissure structurelle : ce ne sont pas les mêmes garanties. C'est pourquoi il faut d'abord qualifier le désordre — apparent ou caché, léger ou grave, sur l'ouvrage lui-même ou sur un équipement — avant de choisir le recours.

Désordre apparent

Visible à la réception : il doit être consigné en réserve dans le procès-verbal, sous peine d'affaiblir le recours ultérieur.

Désordre caché

Révélé après la réception : il relève des garanties légales selon sa gravité et le délai écoulé depuis la réception.

La cascade des garanties légales de construction

Le Code civil organise trois garanties qui se succèdent et se cumulent à partir de la réception. Elles protègent le maître d'ouvrage — ici le syndicat des copropriétaires — sans qu'il ait à prouver une faute : il suffit de constater le désordre dans le délai. On choisit la garantie selon la nature du défaut et le temps écoulé.

GarantieDuréeCe qu'elle couvreQui l'active
Parfait achèvement (art. 1792-6)1 anTous les désordres signalés, réserves comprisesSyndicat via le syndic
Bon fonctionnement / biennale (art. 1792-3)2 ansÉléments d'équipement dissociablesSyndicat via le syndic
Décennale (art. 1792)10 ansSolidité de l'ouvrage ou impropriété à destinationSyndicat via le syndic
Dommage-ouvrage (art. L242-1 C. assur.)10 ansPréfinance les réparations décennalesSyndicat (déclaration à l'assureur)

Parfait achèvement

Pendant 1 an, l'entreprise doit reprendre tous les désordres signalés, réserves comprises, quelle que soit leur gravité (article 1792-6 du Code civil).

Bon fonctionnement

Pendant 2 ans, elle couvre les éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage — un volet, un interphone, un radiateur (article 1792-3).

Décennale

Pendant 10 ans, elle vise les désordres graves qui compromettent la solidité ou rendent l'ouvrage impropre à sa destination (article 1792).

À noter : une infiltration par une toiture neuve ou un enduit de façade qui se détache sur de grandes surfaces peut basculer en décennale lorsqu'elle rend l'immeuble impropre à sa destination, même si le désordre semble esthétique au premier regard.

L'assurance dommage-ouvrage : préfinancer sans attendre le juge

L'assurance dommage-ouvrage (article L242-1 du Code des assurances) est l'atout décisif de la copropriété face à un désordre décennal. Son principe : indemniser rapidement le maître d'ouvrage pour financer les réparations, sans attendre qu'un tribunal ait désigné le responsable. L'assureur paie d'abord, puis se retourne contre le constructeur et son assureur décennal. Elle est obligatoire pour qui fait réaliser des travaux soumis à la garantie décennale.

Ce que la dommage-ouvrage apporte

  • Indemnisation rapide, sans recherche de responsable
  • Préfinancement des travaux de réparation décennaux
  • Expertise et délais encadrés par la loi

Ses limites

  • Ne couvre que les désordres de nature décennale
  • Ne joue pas sur les défauts esthétiques mineurs
  • Sans effet si elle n'a pas été souscrite avant le chantier

Vérifier qu'une dommage-ouvrage a bien été souscrite avant l'ouverture du chantier est donc un réflexe de bonne gestion. Pour en comprendre le fonctionnement détaillé, voir notre page dédiée à l'assurance dommage-ouvrage, complémentaire de la multirisque copropriété.

Qui agit : syndicat, syndic ou copropriétaire ?

La réponse dépend de la localisation du désordre. Une malfaçon sur les parties communes — façade, toiture, colonne, cage d'escalier — concerne le syndicat des copropriétaires, seule personne morale habilitée à agir pour l'immeuble (loi du 10 juillet 1965). Un désordre limité à une partie privative relève du copropriétaire concerné, qui agit alors en son nom.

Pour les parties communes, c'est le syndic qui représente le syndicat et pilote les démarches : mise en demeure, déclaration de sinistre, suivi de l'expertise. Mais pour engager une action en justice, il lui faut une autorisation votée en assemblée générale (article 55 du décret du 17 mars 1967). Sans ce mandat, l'action est irrecevable — d'où l'importance d'inscrire le point à l'ordre du jour dès que le litige se dessine.

À retenir : avant tout recours, cartographiez le désordre. Parties communes égale action du syndicat, sur autorisation de l'AG. Partie privative égale action du copropriétaire. Un même chantier de ravalement peut d'ailleurs générer les deux, si l'infiltration atteint un appartement.

Que faire concrètement : la marche à suivre

1. Constater et réserver

  • Consigner les défauts apparents en réserve à la réception
  • Photographier et dater chaque désordre
  • Ne rien réparer avant le passage de l'expert

2. Mettre en demeure et déclarer

  • Mise en demeure de l'entreprise par LRAR
  • Déclaration à l'assurance dommage-ouvrage si décennal
  • Identifier la garantie applicable selon le délai

3. Expertise et action

  • Suivre l'expertise et le chiffrage des réparations
  • Faire voter l'autorisation d'agir en AG
  • Saisir le tribunal judiciaire en dernier recours

L'expert est le pivot de tout le dossier : il qualifie le désordre, en cherche l'origine, rattache le défaut à la bonne garantie et chiffre les travaux. Pour comprendre son rôle et le déroulé d'une expertise en immeuble, voir notre article sur l'expertise d'un sinistre en copropriété.

Questions fréquentes

Les questions qui reviennent le plus souvent en cas de malfaçon sur des travaux votés en copropriété.

Qui peut agir contre l'entreprise en cas de malfaçon sur des travaux votés en copropriété ?

Quand la malfaçon touche les parties communes (ravalement, toiture, colonne montante, isolation de façade), c'est le syndicat des copropriétaires qui agit, représenté par le syndic. Le syndic ne peut engager une action en justice qu'après une autorisation de l'assemblée générale (article 55 du décret du 17 mars 1967). Un copropriétaire isolé ne peut agir seul que si le désordre affecte sa partie privative. Il faut donc bien distinguer ce qui est commun de ce qui est privatif avant de choisir qui porte l'action.

Quelle est la différence entre garantie de parfait achèvement, biennale et décennale ?

Ces trois garanties se cumulent dans le temps. La garantie de parfait achèvement dure 1 an après la réception et couvre tous les désordres signalés, quelle que soit leur gravité (article 1792-6 du Code civil). La garantie biennale, ou de bon fonctionnement, dure 2 ans et vise les éléments d'équipement dissociables (article 1792-3). La garantie décennale dure 10 ans et couvre les désordres graves qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination (article 1792). On mobilise la garantie qui correspond à la nature et à la date du désordre.

À quoi sert l'assurance dommage-ouvrage pour une copropriété ?

L'assurance dommage-ouvrage (article L242-1 du Code des assurances) sert à préfinancer les réparations relevant de la garantie décennale, sans attendre qu'un tribunal ait désigné un responsable. Pour la copropriété, c'est un gain de temps majeur : le syndicat déclare le sinistre, un expert intervient, et l'assureur indemnise rapidement, avant de se retourner ensuite contre le constructeur et son assureur décennal. Elle est obligatoire pour le maître d'ouvrage qui fait réaliser des travaux de construction soumis à la décennale.

Faut-il émettre des réserves à la réception des travaux ?

Oui, c'est une étape décisive. La réception est l'acte par lequel le syndicat accepte l'ouvrage. Tout défaut apparent doit être consigné par écrit dans le procès-verbal de réception sous forme de réserves. Les désordres réservés relèvent de la garantie de parfait achèvement, que l'entreprise doit lever dans le délai convenu. Une réception sans réserve alors que des défauts étaient visibles fragilise les recours ultérieurs pour ces défauts apparents. D'où l'intérêt de se faire assister lors de la réception.

Quel est le rôle de l'expert en cas de malfaçon ?

L'expert établit un constat technique : il identifie les désordres, en recherche l'origine, évalue s'ils relèvent d'une garantie légale (parfait achèvement, biennale, décennale) et chiffre les réparations. Dans le cadre d'une déclaration de dommage-ouvrage, l'assureur mandate son expert dans des délais encadrés. En cas de litige, une expertise judiciaire peut être ordonnée par le tribunal. Le rapport d'expertise sert de base à l'indemnisation ou à l'action en justice, d'où l'importance de ne rien réparer avant le passage de l'expert.

Que faire si l'entreprise refuse de reprendre les malfaçons ?

Adressez d'abord une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, décrivant précisément les désordres et rappelant la garantie applicable. Si l'entreprise ne réagit pas, le syndicat déclare le sinistre à l'assurance dommage-ouvrage lorsqu'elle a été souscrite et que le désordre est de nature décennale. En parallèle, le syndic fait voter en assemblée générale l'autorisation d'agir en justice (article 55 du décret du 17 mars 1967), puis saisit le tribunal judiciaire, au besoin après une expertise.

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