Pourquoi nous lire avant d'agir
Face à une malfaçon, la copropriété se trompe souvent de porte : elle attaque l'entreprise trop tard, réceptionne les travaux sans réserve, ou ignore qu'une assurance dommage-ouvrage aurait pu préfinancer les réparations. Or les recours dépendent d'un enchaînement précis de garanties légales, chacune avec sa durée, son périmètre et son déclencheur. Se tromper de garantie, c'est perdre du temps et parfois le droit d'agir.
Nous accompagnons des copropriétés sur leur assurance de l'immeuble : nous voyons concrètement où la dommage-ouvrage joue, comment un syndicat fait valoir la garantie décennale, et où se situe la frontière entre parties communes et parties privatives. Cet article remet chaque acteur — syndic, syndicat, entreprise, assureur, expert — à sa place, sources officielles à l'appui.
Malfaçon, désordre, non-conformité : de quoi parle-t-on ?
Une malfaçon est un défaut d'exécution : un travail mal réalisé qui ne respecte pas les règles de l'art ou le contrat. En copropriété, elle apparaît le plus souvent après des travaux votés en assemblée générale — ravalement de façade, réfection de toiture, remplacement d'une colonne montante, isolation thermique. Le point de départ des garanties est la réception des travaux, acte par lequel le syndicat accepte l'ouvrage, avec ou sans réserves.
La gravité du désordre commande la garantie mobilisable. Un enduit qui se décolle un an après le ravalement, une infiltration par une toiture neuve, une fissure structurelle : ce ne sont pas les mêmes garanties. C'est pourquoi il faut d'abord qualifier le désordre — apparent ou caché, léger ou grave, sur l'ouvrage lui-même ou sur un équipement — avant de choisir le recours.
Désordre apparent
Visible à la réception : il doit être consigné en réserve dans le procès-verbal, sous peine d'affaiblir le recours ultérieur.
Désordre caché
Révélé après la réception : il relève des garanties légales selon sa gravité et le délai écoulé depuis la réception.
La cascade des garanties légales de construction
Le Code civil organise trois garanties qui se succèdent et se cumulent à partir de la réception. Elles protègent le maître d'ouvrage — ici le syndicat des copropriétaires — sans qu'il ait à prouver une faute : il suffit de constater le désordre dans le délai. On choisit la garantie selon la nature du défaut et le temps écoulé.
| Garantie | Durée | Ce qu'elle couvre | Qui l'active |
|---|---|---|---|
| Parfait achèvement (art. 1792-6) | 1 an | Tous les désordres signalés, réserves comprises | Syndicat via le syndic |
| Bon fonctionnement / biennale (art. 1792-3) | 2 ans | Éléments d'équipement dissociables | Syndicat via le syndic |
| Décennale (art. 1792) | 10 ans | Solidité de l'ouvrage ou impropriété à destination | Syndicat via le syndic |
| Dommage-ouvrage (art. L242-1 C. assur.) | 10 ans | Préfinance les réparations décennales | Syndicat (déclaration à l'assureur) |
Parfait achèvement
Pendant 1 an, l'entreprise doit reprendre tous les désordres signalés, réserves comprises, quelle que soit leur gravité (article 1792-6 du Code civil).
Bon fonctionnement
Pendant 2 ans, elle couvre les éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage — un volet, un interphone, un radiateur (article 1792-3).
Décennale
Pendant 10 ans, elle vise les désordres graves qui compromettent la solidité ou rendent l'ouvrage impropre à sa destination (article 1792).
À noter : une infiltration par une toiture neuve ou un enduit de façade qui se détache sur de grandes surfaces peut basculer en décennale lorsqu'elle rend l'immeuble impropre à sa destination, même si le désordre semble esthétique au premier regard.
L'assurance dommage-ouvrage : préfinancer sans attendre le juge
L'assurance dommage-ouvrage (article L242-1 du Code des assurances) est l'atout décisif de la copropriété face à un désordre décennal. Son principe : indemniser rapidement le maître d'ouvrage pour financer les réparations, sans attendre qu'un tribunal ait désigné le responsable. L'assureur paie d'abord, puis se retourne contre le constructeur et son assureur décennal. Elle est obligatoire pour qui fait réaliser des travaux soumis à la garantie décennale.
Ce que la dommage-ouvrage apporte
- Indemnisation rapide, sans recherche de responsable
- Préfinancement des travaux de réparation décennaux
- Expertise et délais encadrés par la loi
Ses limites
- Ne couvre que les désordres de nature décennale
- Ne joue pas sur les défauts esthétiques mineurs
- Sans effet si elle n'a pas été souscrite avant le chantier
Vérifier qu'une dommage-ouvrage a bien été souscrite avant l'ouverture du chantier est donc un réflexe de bonne gestion. Pour en comprendre le fonctionnement détaillé, voir notre page dédiée à l'assurance dommage-ouvrage, complémentaire de la multirisque copropriété.
Qui agit : syndicat, syndic ou copropriétaire ?
La réponse dépend de la localisation du désordre. Une malfaçon sur les parties communes — façade, toiture, colonne, cage d'escalier — concerne le syndicat des copropriétaires, seule personne morale habilitée à agir pour l'immeuble (loi du 10 juillet 1965). Un désordre limité à une partie privative relève du copropriétaire concerné, qui agit alors en son nom.
Pour les parties communes, c'est le syndic qui représente le syndicat et pilote les démarches : mise en demeure, déclaration de sinistre, suivi de l'expertise. Mais pour engager une action en justice, il lui faut une autorisation votée en assemblée générale (article 55 du décret du 17 mars 1967). Sans ce mandat, l'action est irrecevable — d'où l'importance d'inscrire le point à l'ordre du jour dès que le litige se dessine.
À retenir : avant tout recours, cartographiez le désordre. Parties communes égale action du syndicat, sur autorisation de l'AG. Partie privative égale action du copropriétaire. Un même chantier de ravalement peut d'ailleurs générer les deux, si l'infiltration atteint un appartement.
Que faire concrètement : la marche à suivre
1. Constater et réserver
- Consigner les défauts apparents en réserve à la réception
- Photographier et dater chaque désordre
- Ne rien réparer avant le passage de l'expert
2. Mettre en demeure et déclarer
- Mise en demeure de l'entreprise par LRAR
- Déclaration à l'assurance dommage-ouvrage si décennal
- Identifier la garantie applicable selon le délai
3. Expertise et action
- Suivre l'expertise et le chiffrage des réparations
- Faire voter l'autorisation d'agir en AG
- Saisir le tribunal judiciaire en dernier recours
L'expert est le pivot de tout le dossier : il qualifie le désordre, en cherche l'origine, rattache le défaut à la bonne garantie et chiffre les travaux. Pour comprendre son rôle et le déroulé d'une expertise en immeuble, voir notre article sur l'expertise d'un sinistre en copropriété.
Questions fréquentes
Les questions qui reviennent le plus souvent en cas de malfaçon sur des travaux votés en copropriété.
